Combien de temps dure un couple qui dure ?

Combien de temps dure un couple qui dure ?

L’anthropologue américaine Helen Fischer soutient que les couples connaissent une crise vers la quatrième année de leur mariage et non vers la septième. C’est du moins ce que révèle l’étude comparative qu’elle a menée à partir des données démographiques de soixante-deux cultures contemporaines : les divorces surviennent fréquemment entre le trente-sixième et le quarante-huitième mois de vie commune. Si l’étude s’appuie sur des données scientifiques, l’explication qu’en donne la sociologue est en revanche bien subjective et a plus à voir avec la science-fiction qu’avec tout autre chose. Selon cet auteur, les ruptures qui touchent les couples d’aujourd’hui sont inscrites dans le patrimoine génétique que nous avons hérité des couples d’hier. Ou plutôt d’avant-hier : le problème remonterait, à l’en croire, à l’origine de l’espèce humaine, lorsque les singes anthropomorphes choisirent la position debout et partirent à la découverte des plaines. Jusqu’alors les mères n’avaient pas eu besoin des mâles : elles avaient pu protéger seules leur progéniture en la portant dans leurs bras et en sautant de branche en branche. Mais dans la plaine, pour protéger leurs petits contre les prédateurs, la différence homme-femme se fait ressentir, et la présence des mâles est devenue nécessaire, au moins jusqu’à ce que l’enfant atteigne quatre ans, âge où la motricité devient plus sûre. Alors les pères redevenaient fibres de faire la cour à des femelles plus jeunes, assurant ainsi une sorte de natalité maximale et garantissant la continuité de l’espèce.

Cette explication socio biologique de l’adultère est de plus en plus discutée. Nous avons abandonné le modèle de la famille tribale de nos ancêtres pour celui de la famille mononucléaire de nos grands-parents, et nous abordons aujourd’hui celui de la famille expérimentale : le nouveau noyau familial est caractérisé par la coexistence de générations différentes dans un rapport qui n’a plus rien de rituel. Les exigences de la vie contemporaine ont donné naissance à de nouveaux styles de couple dont les comportements sont de moins en moins dictés par la procréation : l’infidélité répond par conséquent à de nouvelles exigences psychologiques et sera, selon le cas, consolatrice ou compensatoire, instrument de représailles ou d’évasion. Du modèle d’hier ne survit que le préjugé indéracinable selon lequel le bonheur d’un couple se juge à sa longévité. Ce n’est pas toujours vrai. Car les couples qui fonctionnent sur le mode du conflit permanent sont très tenaces : tout, entre eux, est fait pour préserver des litiges considérés comme gratifiants.


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