La sexualité féminine à l’épreuve des préjugés masculins.

La sexualité féminine à l’épreuve des préjugés masculins.

C’est « une nymphomane » dit ‘on d’une femme qui se vante d’avoir une activité sexuelle très vivace ou qui aime faire l’amour. J’y vois, pour ma part, l’expression d’un double préjugé. Sur la sexualité féminine d’une part, puisqu’on dit des hommes qui ont le même comportement qu’ils sont des « taureaux » ou, au pis, des « machos », termes connotés moins péjorativement ; sur une pathologie sexuelle répertoriée, d’autre part, qui doit être soignée sans que celles qui en sont victimes subissent d’inutiles dérisions.

Pour éviter tout contresens, quelques précisions linguistiques sont nécessaires.

• La nymphomanie. C’est l’exagération des besoins sexuels, indépendamment de la satisfaction qu’on peut en retirer. Elle fait partie de la pathologie des dépendances au même titre que la boulimie alimentaire ou la passion pour les jeux de hasard. Elle fait tout pour trouver une relation sexuelle, sites de rencontres, petites annonces, etc.

• L’hyper-sexualité. On désigne ainsi l’activité sexuelle supérieure à la moyenne du groupe social d’appartenance. Les motivations de ce comportement sont de nature purement érotique : les femmes « hyper-sexuelles » considèrent que la sexualité est un plaisir essentiel de la vie et la pratiquent sans en être esclaves.

• L’érotomanie. Il s’agit d’un délire psychotique caractérisé par des préoccupations d’ordre sexuel, d’une maladie psychiatrique dont était certainement victime cette femme qui m’a un jour écrit : « Je vous ai vu à la télévision et votre regard pénétrant est entré dans mon vagin. J’ai tout compris et j’attends votre invitation. »

Laissons de côté l’érotomanie, dont les cas sont peu nombreux, pour nous intéresser à la différence entre nymphomanie et hyper-sexualité, qui est importante. La nymphomanie handicape toute relation, et plus encore la vie d’un couple : on ne peut aimer ou être aimé quand on se méprise. Esclaves de leur irrésistible besoin, les nymphomanes cherchent l’apaisement et ne trouvent que la solitude. Elles attachent peu de sens à l’objet de leur désir : poussées par une pulsion irrésistible, elles se donnent au premier venu, qu’il s’agisse d’un adulte ou d’un mineur. Par ce contact sexuel violent, ces femmes cherchent à communiquer avec un monde affectif qu’elles ne peuvent atteindre autrement. Les mécanismes sous-jacents sont les suivants :

• La nymphomanie orale. Lorsque l’on a un Moi vacillant et un contact fragile avec la réalité, seules les réactions de l’autre nous font vivre. On lui demande avidement de l’amour, mais surtout une confirmation de sa propre existence.

• La nymphomanie compulsive. Les organes génitaux servent à évacuer des tensions dont la nature n’est pas sexuelle. À l’image de ces gens qui, par obsession, se lavent plusieurs fois par jour, les nymphomanes compulsives doivent sans cesse faire l’amour.

• La nymphomanie phallique. Elle est propre aux femmes qui n’acceptent pas leur féminité et qui pensent qu’une sexualité frénétique leur permettra d’exercer un rôle dominant (phallique) en s’appropriant ainsi symboliquement l’attribut de leurs partenaires.

Messaline était nymphomane tandis que Catherine de Russie était très probablement hyper-sexuelle. L’hyper-sexualité n’est que l’autre nom de la liberté érotique. C’est pourquoi ces femmes sont à la fois méprisées des uns, et recherchées des autres. Et, quoi qu’il en soit, toujours craintes, parce qu’elles se placent au-dessus des normes. En effet, elles ont davantage d’orgasmes, de partenaires ou de rapports sexuels que les autres femmes de leur groupe socioculturel. Leur énergie, elles la dépensent dans leur activité sexuelle comme d’autres le font dans une activité professionnelle, un sport ou un échange intellectuel. Il y a ceux qui se réalisent dans l’érotisme et dans l’art, comme George Sand.


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