Les différents visages de la transgression

Les différents visages de la transgression

La transgression n’est plus ce qu’elle était. Il y a trente ans, Marilyn Monroe faisait trembler l’Amérique en souhaitant langoureusement au président J.-F. Kennedy… un bon anniversaire et James Dean commençait de se forger une légende sulfureuse. Aujourd’hui, la transgression est avant tout sexuelle ; c’est celle d’un Cyril Collard dans Les Nuits fauves. Sous les lumières psychédéliques des boîtes de nuit aussi bien que dans les pages des hebdomadaires, on vante la jouissance immédiate. Mais le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous, bien au contraire. Un geste inconsidéré peut être source de bien des ennuis. C’est pour cela qu’il est bon de donner une définition de cette transgression, qui a plusieurs visages :

• La transgression choisie : on en parle beaucoup, mais on la rencontre rarement dans la réalité quotidienne. Elle est habituellement pratiquée par ceux qui ne trouvent de satisfaction qu’en dépassant leurs limites. Le psychanalyste Michael Balint les appelle « philopathes ou acrobates du risque ».

• La transgression induite : c’est ce qui pousse les jeunes à se lancer dans des aventures dont ils ne mesurent pas la portée, du moins lorsqu’ils les débutent dans un bar ou un night-club. Ce peut être la transgression la plus dangereuse. Et parfois la plus satisfaisante, comme pour Lucie qui, séparée de son mari, a enfin goûté à l’amour lesbien, l’un de ses plus grands fantasmes. Sa satisfaction a été telle qu’elle a ressenti une sorte d’orgueil adolescent, une sensation de fierté qu’elle a conservée longtemps en elle.

• La transgression subie : je ne souhaite à personne d’en faire l’expérience. Ceux qui en sont victimes se retrouvent séduits puis abandonnés. Cela commence généralement par l’absorption de substances qui font perdre au sujet la maîtrise de la situation : la drogue ou l’alcool, par exemple. Il peut aussi s’agir d’un rapport abusif engagé par une personne en situation de pouvoir, un supérieur hiérarchique, un professeur ou même un parent, en cas d’inceste.

• La transgression ambiguë : elle naît d’une dissociation totale entre les exigences de la raison et celles de l’instinct : la première freine, l’autre accélère. Résultat : l’individu dépasse ses limites. Comme le souligne la victimologie, qui est une branche de la criminologie, celui (ou celle) qui s’engage dans ce genre d’aventure est autant victime que complice. Car les choses sont beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît d’abord. On peut se laisser prendre au jeu de la séduction par simple besoin de se prouver à soi-même ses capacités. Mais après, il est souvent bien difficile d’en prendre conscience et de faire machine amère. Alors, on se réveille honteux, atteint du syndrome de « l’histoire d’une nuit » (one night affair ou coup d’un soir, bref une rencontre adultère), couché à côté d’une personne dont on sait déjà qu’on aura du mal à s’en débarrasser…

On peut aussi définir la transgression selon les éléments qu’elle met en jeu : la pulsion, son objectif ou la limite à dépasser.

• La pulsion : transgresser, c’est aussi exprimer des émotions. On dépasse alors les limites, par amour du risque et des sensations fortes. Un peu de curiosité suffit à cette transgression occasionnelle, qui n’est qu’un jeu sans intention durable. On l’appelle la « perversion soft » pour la distinguer de la traditionnelle psychopathologie freudienne.

• L’objectif de la transgression : c’est ce qui en fait un vice ou une vertu. Lorsqu’il est purement sexuel, il est considéré comme un vice par la morale traditionnelle. Cela dit, si un artiste passe les bornes, on sera curieusement plus indulgent à son égard. Même chose pour les héros ou les navigateurs : plus ils ont défié les règles de leur temps, plus ils sont devenus célèbres.

• Les limites à transgresser : elles nous fournissent une nouvelle définition du phénomène. Se rebeller contre un système totalitaire est une chose, enfreindre la loi d’une démocratie en est une autre. H en va de même pour le sexe : la dictature sexuelle est insupportable, mais une transgression stimulante peut permettre de découvrir les aspects les plus ludiques d’une sexualité qui semblait vouée à dépérir.


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